octobre 6, 2026

Combien produit vraiment une installation solaire dans le Haut-Rhin ?

Panneaux solaires sur une toiture inclinée dans le Haut-Rhin

C’est la première objection que nous entendons, souvent formulée par un voisin plutôt que par un professionnel : « ici, ça ne marche pas, il n’y a pas assez de soleil ». L’idée est répandue, et elle mérite une réponse chiffrée plutôt qu’un argument commercial.

Nous nous appuyons ici sur les mesures de Météo-France, normales climatiques 1991-2020, et non sur des estimations d’installateurs.

Ce que mesurent réellement les stations alsaciennes

Le rayonnement global annuel reçu sur un plan horizontal, converti en kilowattheures par mètre carré et par an :

Station Rayonnement global (kWh/m²/an) Insolation (h/an)
Colmar-Meyenheim (68) 1 226 1 882
Strasbourg-Entzheim (67) 1 157 1 747
Bâle-Mulhouse (68) donnée non publiée 1 819
Perpignan (66) 1 498 2 489
Marignane (13) 1 604 2 898

Trois enseignements se dégagent de ce tableau.

D’abord, l’écart avec le sud est réel mais loin d’être disqualifiant. Colmar reçoit environ 76 % du gisement solaire de Marignane et 82 % de celui de Perpignan. Une installation alsacienne produit donc moins qu’une installation provençale – d’environ un quart – mais elle produit.

Ensuite, le Haut-Rhin est mieux placé que le Bas-Rhin. Colmar dépasse Strasbourg de près de 6 %. C’est l’effet de foehn : les Vosges bloquent une partie des perturbations venues de l’ouest, ce qui assèche et dégage la plaine du centre et du sud de l’Alsace.

Enfin, la région de Colmar est bien l’une des plus sèches de France – 595 mm de précipitations par an à Meyenheim. Attention toutefois : on lit souvent qu’elle serait « la plus sèche de France », ce qui est inexact. Marignane (532 mm) et Perpignan (578 mm) sont plus secs. Une autre erreur circule largement, y compris sur des pages très consultées : un chiffre de 2 751 heures d’ensoleillement annuel pour Colmar. La mesure officielle de Météo-France est de 1 882 heures. L’écart est d’un facteur 1,46 – si un devis s’appuie sur le premier chiffre, la production annoncée est fausse de moitié.

De l’irradiation au productible : ce qu’on peut annoncer honnêtement

Passer des kWh/m² reçus au sol aux kWh produits par kWc installé demande trois corrections : le gain d’inclinaison, les pertes système et l’ombrage.

  • Le gain d’inclinaison. Un panneau incliné à 30-35° et orienté au sud reçoit sensiblement plus qu’un plan horizontal. À notre latitude, ce gain est de l’ordre de 13 à 15 %.
  • Les pertes système. Conversion, câblage, salissure, températures élevées en été, écart entre modules : on retient couramment un rendement global (« performance ratio ») autour de 0,80.
  • L’ombrage, propre à chaque toiture, et qui peut tout changer.

En appliquant ce calcul à l’irradiation mesurée à Colmar, on obtient un ordre de grandeur de 1 000 à 1 150 kWh par kWc et par an pour une toiture bien orientée en plaine d’Alsace.

Nous formulons cela comme un ordre de grandeur, et pas comme une donnée officielle, parce que c’en est un : il s’agit d’une estimation dérivée d’une mesure d’irradiation, pas d’un relevé de production. Tout professionnel qui vous annonce un chiffre au kilowattheure près sans avoir étudié votre toiture vous vend une hypothèse.

Concrètement, pour une installation de 6 kWc bien exposée dans la région mulhousienne, cela situe la production attendue autour de 6 000 à 6 900 kWh par an – à confirmer par une étude de site.

Les quatre facteurs qui font varier ce chiffre chez vous

L’orientation

Le sud reste l’optimum. Mais une toiture est-ouest n’est pas à écarter : elle produit un peu moins au total, tout en étalant la production sur la matinée et la fin d’après-midi. Depuis que la valeur d’un projet repose sur l’autoconsommation plutôt que sur la revente, cet étalement est parfois préférable à un pic de midi que personne n’est là pour consommer.

L’inclinaison

L’optimum théorique se situe autour de 35°. Beaucoup de toitures alsaciennes traditionnelles, aux pentes marquées, s’en approchent naturellement. Une pente plus forte pénalise l’été mais favorise l’hiver et facilite l’évacuation de la neige.

Les ombrages

C’est le facteur le plus sous-estimé, et le plus coûteux. Un arbre, une cheminée, un pignon mitoyen, un poteau : dans les tissus urbains denses de Mulhouse ou de Colmar, les masques sont fréquents. Ils justifient souvent le recours à des micro-onduleurs ou à des optimiseurs, qui limitent l’effet d’un module ombragé sur le reste de l’installation.

La température – un avantage local

C’est le point contre-intuitif. Un module photovoltaïque perd en puissance quand il chauffe : les modules récents affichent un coefficient de l’ordre de -0,275 % par degré au-delà de 25 °C. Le climat frais de la plaine d’Alsace joue donc en faveur du rendement instantané et compense partiellement le déficit d’irradiation par rapport au sud.

Le Haut-Rhin produit déjà, et pas qu’un peu

Les chiffres du parc installé sont plus parlants que n’importe quel argumentaire. Au 31 décembre 2024, selon le panorama des énergies renouvelables de la DREAL Grand Est :

  • 309 MW de photovoltaïque raccordés dans le Haut-Rhin, pour 189 GWh produits en 2024 ;
  • 617 MW à l’échelle de l’Alsace, le Haut-Rhin devançant légèrement le Bas-Rhin ;
  • 1 910 MW dans le Grand Est, soit une progression de 31 % en un an, et 64 % de la trajectoire fixée pour 2030.

Autrement dit : la question de savoir si le solaire « fonctionne » en Alsace est tranchée depuis longtemps par les faits.

Comment obtenir un chiffre fiable pour votre toiture

  • Le cadastre solaire, s’il couvre votre commune. Colmar Agglomération en propose un, tout comme le Pays du Sundgau. Il n’en existe pas à ce jour pour Mulhouse Alsace Agglomération.
  • Une étude de site avec relevé d’orientation, d’inclinaison et des masques réels.
  • Le croisement avec vos factures, seule façon de traduire une production en économie.

Ce qu’il faut retenir

  • Colmar reçoit 1 226 kWh/m²/an sur plan horizontal, soit environ 76 % du gisement de Marignane : moins que le sud, mais largement suffisant.
  • Le Haut-Rhin est mieux exposé que le Bas-Rhin, grâce à l’effet de foehn des Vosges.
  • Ordre de grandeur en plaine : 1 000 à 1 150 kWh par kWc et par an, à confirmer toiture par toiture.
  • Le climat frais améliore le rendement instantané des modules.
  • Les ombrages sont le premier facteur de sous-production, très loin devant la latitude.
  • Le Haut-Rhin comptait déjà 309 MW raccordés fin 2024.

Nous réalisons l’étude de production de votre toiture sur la base de vos données réelles, à Mulhouse, Colmar et dans un rayon de 200 km autour de nos bureaux. Demandez une estimation.

Sources : Météo-France, fiches climatologiques Colmar-Meyenheim, Strasbourg-Entzheim, Bâle-Mulhouse, Perpignan et Marignane, normales 1991-2020 ; DREAL Grand Est, « Panorama des énergies renouvelables et de récupération », édition 2025, données au 31 décembre 2024 ; fiches techniques constructeurs pour le coefficient de température ; Colmar Agglomération, cadastre solaire.

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